Les histoires ont leur propre temporalité
A l'heure des fast-food, de la fast-fashion, de l'internet haut débit, tout va vite, très vite. On avance à cent à l'heure, on essaie de rentabiliser le temps, de trouver des moyens de mieux s'organiser pour ne pas perdre une miette de ce si précieux temps.
Cette mentalité impacte l'écriture (et l'art en général), il y a de plus en plus de conseils pour créer une histoire plus vite, écrire plus vite, réécrire plus vite, publier plus vite.
Plus vite.
Plus vite.
Plus vite !
Quitte à se brûler les ailes, à finir éreinter et à perdre goût à ce qui nous exaltait auparavant.
Bien sûr, cette tendance au toujours plus vite est nourrie par notre propre impatience. On a envie d'atteindre nos objectifs le plus rapidement possible, de réaliser nos rêves... et c'est normal. Je suis la première à ressentir cette impatience.
Mais, l'écriture m'a appris une chose :
Les histoires ont leur propre temporalité !
Certaines peuvent mettre des années à mûrir. D'autres arrivent à maturité très rapidement.
Certaines ont besoin qu'on s'en détournent pour grandir dans les profondeurs de notre inconscient.
Celles-là, on a beau essayer de les retourner dans tous les sens, de forcer les pièces à s'emboîter, tant que l'histoire n'est pas prête, elle ne se laissera pas faire.
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Laisse-moi te raconter l'histoire d'un manuscrit que j'ai terminé en 2018.
En 2018, j'étais en Master Création Littéraire et pendant les 6 mois de création, j'ai travaillé sur un projet de roman. Je l'ai présenté lors de ma soutenance, et le jury l'a adoré, m'a encouragé à le poursuivre, à le corriger et à le présenter à des maisons d'édition.
Mais.... après plusieurs mois à le corriger, la fin de me convenait toujours pas.
Le livre était bien. Mais cette fin... faisait tout tomber par terre. Impossible de trouver une conclusion logique à cette histoire, une conclusion qui satisfasse le lecteur.
J'ai brodé un truc, consciente que ce n'était pas ça.
Je l'ai envoyé à des éditeurs, reçu des lettres de refus, ma prof a proposé de l'envoyer à des élèves en licence pro édition.
Résultat : j'ai reçu 13 lettres détaillées de ce qui allait/ce qui n'allait pas dans mon manuscrit.
Certains ont adoré, d'autres absolument pas...
Mais, cette fin en queue de poisson mettait tout le monde d'accord : ça n'allait pas !
J'ai laissé tomber le manuscrit pendant plusieurs mois, j'ai écrit autre chose, mais il continuait à m'appeler.
En 2019, je l'ai repris avec la ferme intention de régler enfin le problème ! Je me suis levée à 4 heures du matin pour bosser dessus, j'ai commencé à le réécrire totalement, j'ai tout relu, pris des notes, refait un plan... toujours incapable de trouver cette dernière pièce de puzzle !
J'ai parlé à d'autres auteurs, fait des brainstorming, sans résultat.
Après plusieurs mois à m'arracher les cheveux sur ce manuscrit que je commençais à défigurer à force de vouloir le terminer... j'ai lâché prise.
Je me suis dit : il manque une pièce à ce manuscrit, je l'ai cherché partout, impossible de mettre la main dessus. Je sais que ça viendra un jour ou l'autre. Ce que je peux faire aujourd'hui, c'est de laisser tout ça décanter dans un coin de mon inconscient.
Non, ça n'a pas été facile, et parfois mon esprit s'égarait sur cette histoire, cherchant encore la pièce manquante.
Je suis passée à autre chose, j'ai travaillé sur Le Chronophage, je l'ai auto-publié. L'autre manuscrit est tombé dans les limbes de mon inconscient.
Et puis...
il y a peu, j'ai mis la main sur cette fameuse dernière pièce en me brossant les dents.
Mon cerveau travaillait à une nouvelle idée d'histoire, il l'a combiné avec celle de ce fameux manuscrit et :
Pouf, la solution m'est apparue comme ça, sans que je m'y attende !
Le soulagement.
Cela m'aura pris 3 ans ! 3 ans avant de trouver enfin la fin à cette histoire.
Bien sûr ça demande des réajustements dans le manuscrit, mais ça y est, je sais que c'est ça !